Des algues pour nourrir la planète

Selon l’ONU, nous serons 9,6 milliards d’êtres humains sur Terre en 2050. Pour nourrir toutes ces bouches, les ressources alimentaires actuelles ne suffiront pas. Des solutions nouvelles doivent être trouvées. Tous les chercheurs sont mis à contribution, y compris dans le secteur de la chimie et des sciences de la vie. Et parfois dans des “niches” où on ne les attend pas nécessairement : comme la culture d'algues microscopiques par exemple!

La société belge Proviron est exemplaire à ce propos. Depuis 2007, elle s’est mise à produire des algues marines dans des bio-réacteurs développés par ses soins.

« Initialement, nous envisagions de produire du biocarburant avec ces algues », explique le Dr Tina Rogge, Development manager de Provifeed, la filière “algues” de Proviron. « Mais très vite, nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas réaliste. Les coûts de production n'auraient jamais rendu cette option viable. »

Du biocarburant à la farine verte

PovironLa société a cependant continué à produire ces algues marines minuscules: une variété de Nannochloropsis. Mais cette fois, dans une toute autre perspective.

© Proviron

 

farine verte« Ces algues sont riches en matières grasses, en éléments nutritifs ainsi qu'en Omega-3, précise le Dr Rogge. Elles c

ontiennent aussi beaucoup d'antioxydants, de vitamines et de minéraux. Une fois séchée et réduite en poudre, cette algue devient un excellent complément alimentaire durable ». De quoi nourrir une bonne partie de la population mondiale ?

© Proviron

« Nous avons fait des tests, précise la chimiste. C'est envisageable. Et à l'avenir, nous comptons explorer plus précisément cette possibilité. Pour l'instant, la poudre de Nannochloropsis que nous produisons sert surtout à nourrir les larves de bars et de dorades, deux espèces de poissons de mer élevés en aquaculture dans le bassin méditerranéen ».

algues Ainsi, les algues produites en Belgique, à Ostende et dans la région d'Anvers, sont transformées en une sorte de concentré vert emballé sous vide. Cette farine pâteuse d'algues, qui contient tous les éléments nutritifs nécessaires, est expédiée aux quatre coins de la Méditerranée pour alimenter des petits poissons qui un jour, quand ils seront arrivés à maturité, garniront nos assiettes.

© Daily Science

 

 

Pour les exploitants de fermes aquacoles, cette nourriture naturelle et marine remplace avantageusement d'autres farines données aux poissons et qui souvent comprend des restes... d'autres poissons issus de la (sur)pêche et qui ne sont pas commercialisables.

Avec la farine verte de Proviron, on évite ainsi de « cannibaliser » les océans tout en assurant une bonne alimentation dans les écloseries et les nurseries aquacoles.

Mais n'est-ce pas étrange, pour une industrie chimique, de s'orienter de la sorte vers un des maillons de l'aquaculture ? « Certainement pas, conclut le Dr Rogge. Les algues séchées que nous produisons sont riches en divers composés chimiques que nous comptons bien isoler et récolter avant de les valoriser. Ces composés peuvent être des colorants ou des molécules pharmaceutiques par exemple. Si la production d'algues prend de l'ampleur et se répand dans le monde, cette biomasse d'élevage pourra alors être considérée comme une nouvelle source « durable » de matières premières. Une matière première qui intéressera les marchés où les additifs naturels sont de plus en plus recherchés, comme les plastiques par exemple. »

===> Comment ça marche ?

biophotoréacteursLe cycle de production des algues Nannochloropsis démarre au laboratoire de Proviron à Hemiksem. On y multiplie des bébés algues qui seront ensuite placés dans des biophotoréacteurs (photo), fonctionnant en circuit fermé.

© Proviron

Un bioréacteur est un instrument dans lequel on multiplie des micro-organismes pour la production de biomasse. Dans le cas présent, on compte aussi sur la lumière du soleil pour assurer cette multiplication. D'où l'ajout du préfixe « photo ».
Les biophotoréacteurs de Proviron sont simplement disposés sur le sol, en plein air, enfermés dans de grands aquariums souples transparents.

Le bioréacteur dont il est question ici est un système de tuyaux en plastique transparent où circulent l'eau, les algues et les nutriments utiles à leur croissance (principalement du CO2, du fer, de l’azote et du potassium).

Un ensemble de ces bioréacteurs est situé au Nord du port d'Anvers, sur un terrain de remblai industriel stérile. Les terrains occupés sont ainsi valorisés par ce type de culture qui n'empiète pas sur les bonnes terres agricoles.

Les bébés algues se développent dans une eau maintenue à une température stable (20 degrés environ) grâce à la masse d'eau tampon des aquariums souples qui soutient aussi les bioréacteurs.

Quand, dans un circuit, les algues sont arrivées à maturité, un système d'aspiration permet la récolte. Les algues sont alors centrifugées et emmenées au laboratoire pour y être traitées. Chaque jour, en été, Proviron récolte à Anvers l'équivalent de plusieurs kilos d'algues. La production annuelle tourne autour de 1500 à 2000 kilos pour le moment.

A l'usine, les algues sont séchées à froid dans de grands frigos. La pâte ainsi obtenue est scellée sous vide. Le produit alimentaire pour l'aquaculture est prêt à être expédié.

A Anvers, le parc de bioréacteurs s'étend sur 1200 mètres carrés. 60 bioréacteurs sont actifs.

 

Article développé en collaboration avec Daily Science.

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Santé, nourriture, énergie: la piste des algues (Daily Science): http://dailyscience.be/2014/09/15/sante-nourriture-energie-la-piste-des-algues/

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