Peut-on vraiment ressusciter les dinos?

Peut-on vraiment ressusciter les dinos?

Le film Jurassic World qui vient de sortir sur les écrans le montre : des scientifiques (de cinéma) redonnent vie à certains dinosaures. La recette hollywoodienne semble simple. En réalité, une telle expérience est très difficile à mener. Notamment parce que plusieurs ingrédients indispensables à cette aventure biotechnologique sont très, très difficiles à trouver!

Pour fabriquer un dino, il vous faut (en théorie):

  1. Un ovule vivant de dinosaure ou l’ovule d’un animal qui ressemble à un dino.
  2. Un ADN quasi complet de dinosaure.
  3. Un dinosaure (ou un animal du même genre) susceptible de se voir implanter l’ovule fécondé de dinosaure et de donner ensuite naissance à un petit.


Une fois ces ingrédients rassemblés, la recette est, elle aussi, simple à suivre. En théorie toujours!

- On prend l’ovule issu de l’animal qui ressemble à un dinosaure et on lui enlève son noyau.
- A la place, on injecte le code génétique du dinosaure.
- Cet oeuf ainsi “reprogrammé” est placé en incubation.
-Une fois le stade de l’embryon atteint, on l’implante chez une mère porteuse, dont on espère que la gestation se déroulera au mieux, jusqu’à la naissance du petit.

Facile, non? On pourrait presque le faire dans sa cuisine! Dans la vraie vie, c’est pourtant beaucoup plus complexe. Voici les principales difficultés à surmonter.

Quelle “mère porteuse” envisager?

Les dinosaures ont disparu de la surface de la Terre depuis 65 millions d’années. Bien sûr, de grands reptiles ressemblant aux dinosaures existent toujours sur Terre. Ne perdons toutefois pas de vue que les dinos sont aussi les ancêtres de nos oiseaux actuels. Pourquoi dès lors ne pas tenter d’implanter un ovule de dino fécondé chez un poulet par exemple? Un des descendants potentiels du fameux Velociraptor… L’expérience a déjà été plus ou moins tentée.

En combinant de l’ADN de Velociraptor avec celui du poulet, les chercheurs pourraient donc produire une sorte de “poulosaure”: un  “poulet-dino” doté d’une longue queue, de dents, et bien sûr de plumes… On est encore loin du T-rex, non?

Où trouver de l’ADN de dino?

Dans Jurassic Park, l’ADN de dinosaure est récupéré dans un moustique préhistorique emprisonné dans de l’ambre et qui aurait avant cela “piqué” un dino. Il est peu probable qu’un tel ADN nous parvienne. Même l’ADN le mieux protégé du monde se dégrade en un ou deux millions d’années. Or, rappelons-le, les dinosaures ont disparu de la surface du globe voici 65 millions d’années. Leur ADN n’a donc quasi pas été conservé.

Pas de panique ! Dans Jurassic World (le nouveau film), les chercheurs produisent un ADN de dino synthétique..  en assemblant divers fragments d’ADN différents. Ici aussi, les chances de réussite, dans la “vraie vie”, sont quasi nulles.

Où trouver un ovule de dino?

Pour permettre à cet ADN synthétique de se développer , il faut encore trouver un ovule capable de l’accueillir. Oubliez l’ovule de dinosaure. Tout au plus pourrait-on essayer avec un ovule de poulet. Mais c’est loin d’être joué!

En résumé, les choses sont donc claires. Pour espérer bricoler un dino, il faut de l’ADN de dino parfaitement conservé, un ovule de dino parfaitement conservé et une mère porteuse dinosaure elle aussi parfaitement conservée.  Trois ingrédients parfaitement absents sur Terre aujourd’hui! Est-ce la fin du rêve? Pour les dinos peut-être. Mais pour les mammouths... c’est une autre histoire!

La piste du mammouth

Le mammouth laineux est lui aussi une espèce éteinte. Mais depuis 4.000 ans seulement! Dans le nord de la Sibérie, de nombreux spécimens à l’ADN presque parfait sont conservés dans la glace. Par ailleurs, le mammouth ressemblait assez fort à nos actuels éléphants d’Asie.

Ces éléphants pourraient donc très bien fournir les ovules nécessaires à l’expérience et le cas échéant...  jouer aux mères porteuses.

Les éléments indispensables à la réussite d’une telle réintroduction de mammouths semblent donc être plus facilement disponibles. L’expérience pourrait dès lors être tentée avec plus de succès que pour les dinos.

La situation est tellement plausible que des scientifiques y travaillent actuellement. En mélangeant les gènes des éléphants d’Asie avec certains gènes typiques prélevés dans l’ADN de mammouth, ils espèrent pouvoir recréer un animal qui ressemble fortement au fameux pachyderme disparu, avec ses longs poils, sa résistance au froid, ses longues défenses recourbées...

En mars 2015, des chercheurs de l’Université d’Harvard, aux États-Unis, ont réussi à intégrer des brins d’ADN de mammouth dans de l’ADN de cellules d’éléphants. Ils n’ont cependant pas encore implanté ces cellules dans une éléphante afin de lui faire donner naissance à un bébé mammouth.

Et celle du bouquetin des Pyrénées

Ce genre d’expérience a par contre déjà été réalisée dans le passé avec une autre espèce éteinte: le bouquetin des Pyrénées, une espèce disparue très récemment. Elle n’a cependant pas été couronnée de succès.

En 2009, les scientifiques ont inséré l’ADN du denier bouquetin des Pyrénées (tout juste décédé), dans celui d’une chèvre.  Les cellules ainsi modifiées ont ensuite été implantées dans une chèvre “porteuse”, dans l’espoir qu’elle donne naissance à un petit.  Cela a parfaitement fonctionné. Le moment était historique. La chèvre-porteuse à même mis bas un petit bouquetin. Malheureusement, il n’a pas survécu plus de dix minutes. L’espèce disparue revenue très temporairement à la vie s’est une nouvelle fois éteinte...


 

 

Techniquement, la chose est donc envisageable. Imaginez maintenant que ce genre d’expériences réussisse à deux reprises d’affilée et donne naissance à un mâle et une femelle d’une espèce disparue. Petit à petit, ce couple pourrait donner naissance à une nouvelle lignée d’animaux disparus. Bonjour les nouveaux bouquetins, les nouveaux mammouths, les nouveaux dingos… Ou plus vraisemblablement les nouveaux dodos, rennes irlandais et autres batraciens éteints...

 

Laisse un commentaire

Tu as des remarques ou des commentaires? Alors complète ce formulaire.

Vous voulez travailler dans la chimie et les sciences de la vie?